Le bac blanc s’est déroulé dans notre lycée avant les vacances de février dans le but que les notes comptent pour le deuxième trimestre comme cela avait été décidé en conseil pédagogique (collège de professeurs et direction). Et puis à la rentrée, nous avons reçu un message de notre direction nous demandant de ne compter que les notes supérieures ou égales aux moyennes trimestrielles des élèves. Cela pose plusieurs problèmes: 

  • changer au dernier moment une règle décidée 6 mois plus tôt;
  • Changer une règle qui a été prise en concertation avec les profs puis en prendre une autre sans concertation;
  • La direction a-t-elle vraiment le droit de nous imposer ce que nous devons faire côté notation ?
  • Que vont penser les futurs élèves de terminale pour cette épreuve de Bac blanc?

Et malgré tout, je trouve que c’est une sage décision mais il semblerait que l'on ne soit pas nombreux à le penser. Pourquoi ? Parce que cela aurait pénalisé nos élèves pour leur orientation post-bac vis-à-vis d’autres élèves de l’académie, ou de France, qui aurait eu un bac blanc au troisième trimestre. C’est ce que l’on appelle « une rupture d’équité », ou d’égalité et qui va conduire à de plus en plus de procès, qu’on le veuille ou non, dans l’enseignement.

Alors comment en est-on arrivé à cette situation compliquée ?

Le bac blanc a longtemps été programmé en mai au lycée, et un jour quelques profs se seraient rendus compte que les élèves ne travaillaient pas sérieusement cette épreuve du fait que le troisième trimestre ne comptait plus pour les dossiers Post-bac. ( Parcoursup ne remonte que les notes du 1er et 2e trimestres). D’où une première question : qui peut raisonnablement prétendre que les élèves ne bossent pas pour cette raison? Bien sûr, on peut le supposer car cela semble  logique mais honnêtement on n’en sait rien du tout; un esprit scientifique et rigoureux dirait qu’il faudrait faire une étude de la moyenne des notes sur les 20 dernières années pour voir une différence entre avant Parcoursup et après Parcoursup. En réalité, il y a bien une raison au fait que des élèves s’investissent moins au 3e trimestre : une partie d’entre eux passent des concours d’entrée dans des filières sélectives entre mars, avril et mai, et du coup, ils ont quantitativement moins de temps à consacrer à leurs études.

Ensuite, qui peut prétendre qu’un bon élève bossera moins bien pour l’obtention de son bac seulement parce qu’il obtenu son orientation post-bac? Aux États-Unis, les universités délivrent leurs sésames en décembre de l’année de terminale. Le fils d’une amie dans ce cas a-t-il arrêté de travailler pour autant ? Pas du tout! Il a même fini dans les 5 premiers de sa classe ; alors j’entends déjà dire qu’un exemple n’est pas statistiquement recevable et c’est vrai. Mais affirmer qu’il faille positionner le bac blanc en février ou janvier pour maintenir la pression sur les élèves n’est pas statistiquement prouvé non plus. Car il faudrait peut-être que l’on se dise qu’un élève de 18 ans qui ne veut pas travailler ne travaillera pas plus si on lui met la pression. 

En cela, l’Allemagne est plus avancée que nous : non seulement les profs pratiquent davantage la pédagogie inversée, qui donne plus d’autonomie aux élèves mais en plus, ils ne s’acharnent pas sur un élève qui n’a pas envie de travailler car les profs considèrent que c’est le problème de l’élève. Réfléchir comme cela, ce n’est pas laisser tomber un élève mais au contraire le responsabiliser. Celui qui veut bosser, bosse et s’assure un bon avenir. Et nous n’y pouvons rien, c’est comme ça.

Alors ne pourrait-on pas cesser de mettre la pression sur nos enfants, ils en ont déjà assez: leur avenir déjà angoissant à cause du réchauffement climatique; des pesticides; des maladies naturelles auxquelles nous devons tous les jours faire face, des MST; de la menace terroriste, de la menace nucléaire, des accidents de la route, et maintenant des retraites que l'on ne voit pas comment financer... Y’a de quoi développer un sacré paquet de maladies psychosomatiques! Je connais des ados qui disent (le plus sérieusement du monde) ne pas vouloir d'enfants car ne pas vouloir les voir grandir dans le monde qu'on va leur laisser.

J’ai tendance à penser que la vie est belle malgré tout cela et qu’il faudrait au contraire essayer de les rassurer et de les accompagner au mieux dans cette transition entre la vie en famille et la vie hors du cocon familial... alors pourquoi mettre sur nos élèves une pression supplémentaire avec un bac blanc en février ? Car après tout, je suis sûr que ce tout prof souhaite, c’est que leurs élèves trouvent leur voie dans le supérieur.